Mettā sutta

Mettā Sutta
Le discours sur l’Amour-Bienveillant

Mettā sutta - Sayadaw U Thuzana

1. Yassā-nubhāvato yakkhā,
Neva dassenti bhīsanaṁ;
Yamhi cevā-nuyuñjanto,
Rattindiva-matandito.

Par le pouvoir de ce sutta, les Yakkhā [0] ne créent pas de visions effrayantes, et une personne qui s’évertue de réciter et pratiquer énergiquement ce sutta  jour et nuit,


2.  Sukhaṁ supatisutto ca,
Pāpam kiñci na passati;
Evamādi guṇūpetaṁ,
Parittam taṁ bhaṇāma he.

Cette personne dort d’un sommeil profond et ne fait pas de cauchemar.

Oh, vertueuses personnes, récitons ce sutta doté de ces vertus et de bien d’autres également.


3.  Karaṇīya-matthakusalena,
Yaṁ ta santaṁ padaṁ abhisamecca;
Sakko ujū ca suhujū ca,
Suvaco cassa mudu anatimāni.
 
Le sage qui souhaite réaliser l’état de paix de Nibbāna, doit pratiquer les trois Entraînements (sikkhā :sila, samādhi et paññā). Il doit  être aussi habile[1], droit, très droit, docile[2],de caractère doux et humble.


4.  Santussako ca subharo ca,
Appakicco ca sallahukavutti;
Santindriyo ca nipako ca,
Appagabbho kulesva-nanugiddho.

Il doit être contenté[1], facile à soutenir[2], être peu affairé et vivre dans la simplicité[3] ; il doit maîtriser ses sens[4], être prudent et sage[5], courtois et respectueux[6] et ne pas s’attacher aux familles (qui lui font des offrandes – les fidèles)[7].


5.  Na ca khuddhamācare kiñci,
Yena viññū pare upavadeyyuṁ;
Sukhino va khemino hontu,
Sabbasattā bhavantu sukhitattā.

Qu’il s’abstienne de toute action qui pourrait être réprouvée par les sages. (Puis, qu’il cultive l’intention) «Que tous les êtres soient en sécurité, heureux physiquement et mentalement.


6.  Ye keci pānabhūtatthi,
Tasā vā thāvarā-vanavasesā;
Dīghā vā ye va mahantā,
Majjhimā rassakā aṇuka thūlā.

Quels que soient les êtres vivants - ceux qui sont sujets à la peur ou ceux qui en sont libérés[8], les êtres au corps long, grand, moyen, court, petit ou gros,

7.  Ditthā vā ye va adiṭṭhā,
Ye va dūre vasanti avidūre;
Bhūtā va sambhavesī va,
Sabba-satta bhavantu sukhitattā.
Les êtres déjà vus et ceux que l’on a jamais vus, ceux qui sont près et loin, ceux qui sont nés[11] et ceux à naître[12]  - puissent tous les êtres sans exception être heureux.


8.  Na paro paraṁ nikubbetha,
Nātimaññetha katthaci na kiñci;
Byārosanā paṭighasaññānā,
Nañña-maññassa dukkha-miccheyya.

Que nulle part, personne ne trompe ni ne méprise qui que ce soit. Par le corps ou la parole, que nul n’agresse, n’insulte autrui ; et même par l’esprit, que nul avec colère ne blesse autrui.

9.  Mātā yathā niyam putta,
Māyusā ekaputtamanurakkhe;
Evaṁ pi sabbabhūtesu;
Mānasaṁ bhāvaye aparimāṇaṁ.

Comme une mère protègerait son enfant unique au péril de sa vie, qu’il cultive ainsi un cœur empli d’amour infini envers tous les êtres.

10. Mettañca sabbalokasmiṁ,

Mānasaṁ bhāvaye aparimāṇaṁ;
Uddhaṁ adho ca tiriyañ ca,
Asambādhaṁ avera-masapattaṁ.

Libre de l’ennemi intérieur de la colère et d’ennemis extérieurs, qu’il développe un esprit d’amour-bienveillant infini, vaste, qui s’étend dans tout l’univers – au dessus, en dessous, tout autour.[13]

11.Titthaṁ caraṁ nisinno va,
Sayāno yāvatā-ssa vitamiddho;
Etaṁ satiṁ adhiṭṭheyya,
Brahmametaṁ vihāra-midha māhu.

Debout, en marche, assis ou allongé, tant qu'il est éveillé, il devrait cultiver l’attention sur mettā, l'amour-bienveillant. Cette manière de vivre –  l’esprit toujours absorbé dans un état d’amour-bienveillant, est selon les Bouddhā, le Noble Art de Vivre au sein de l’Enseignement de l’Éveillé.

12. Ditthiñ ca anupaggamma,
Sīlavā dassanena sampanno;
Kāmesu vineyya gedhaṁ,
Na hi jātu-ggabbhaseyya puna reti.

Celui dont l’esprit est appliqué au développement de l’amour-bienveillant[14], qui n’a pas de vues erronées[15], qui est accompli dans la vertu des Nobles, doté de la vision pénétrante du Sotāpanna, et qui a abandonné l'attachement pour les objets des sens, plus jamais il ne reprendra naissance dans le ventre maternel.

                   Mettā suttaṁ niṭṭhitaṁ   Fin du Mettā Sutta

[0]
   Ici, il s'agit des déités habitants dans les arbres.
[1]
Ici, habile, capable, compétent signifie être doté des 5 facteurs du méditant, padhaniyagha : la confiance et la foi (saddhā), une santé relativement bonne, la sincérité, l’énergie (vīriya) et la sagesse (paññā)
[2]
Docile, obéissant, qui accepte facilement les critiques constructives de l’enseignant et suit avec respect ses conseils.
[3]
Celui qui est facilement satisfait, contenté avec ce qu’il a, ce qui est, ce qu’il est, qui ne s’irrite pas à cause de biens qu’il ne possède pas ou de ses relations avec les autres, a un état d’esprit paisible. Cet esprit est un terrain fertile pour le développement de mettā.
Le Vénérable Mahasi Sayadaw énumère 3 sortes de contentement : (1) être satisfait avec ce qui est à notre disposition ; (2) être satisfait avec ce qui peut être obtenu selon nos possibilités ; (3) être satisfait avec ce qui est approprié.

[4]
Avoir des besoins faciles à soutenir. En particulier dans le cas des moines qui, dépendant des laïcs pour leur subsistance, et doivent se contenter de ce qui leur est offert ; que cela soit de bonne ou mauvaise qualité, en quantité abondante ou insuffisante, ils doivent être ravis avec ce que les fidèles leur offrent.
[5]
Ne pas s’encombrer avec trop de biens matériels auxquels il faudrait consacrer beaucoup de temps et énergie.
[6]
Garder ses facultés (indriya) calmes. Il s’agit des 6 portes sensorielles (les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps et l’esprit). Que ce qui est vu, entendu, senti, goûté, touché ou pensé soit agréable ou désagréable, on s’entraîne à demeurer serein. On s’évertue ainsi à préserver la paix de l’esprit en gardant la maîtrise des sens ou facultés soit par la réflexion ou par la contemplation méditative.
[7]
Avoir une capacité de réflexion mature (connaissance qui permet de mener à bout une tâche donnée, qui permet de distinguer ce qui est bénéfique de ce qui ne l’est pas).
[8]
Ne pas être rustre, grossier dans ses manières physiques, verbales et mentales.
[9]
Les personnes qui ont un attachement très fort pour leurs parents et leur famille, et qui supportent difficilement d’être séparées de ces derniers, sont entravées dans la progression de leurs études, de leur vie professionnelle etc. En ce qui concerne les monastiques, ils doivent être vigilants à ne pas s’attacher aux familles, fidèles qui les soutiennent.
[10]
Le Vénérable Mahasi Sayadaw explique dans « Brahmavihāra dhamma » que l’on peut trembler de peur à cause de la colère (dosa) ou de l’avidité (taṇhā) et l’attachement. Ainsi, ceux qui sont sujets à la peur due à l’aversion sont les êtres ordinaires, les puthujjanā, ainsi que les Sotāpannā et les Sakadāgāmī. Ceux qui peuvent être affectés de peur à cause de l’avidité incluent également lesAnāgāmi. La manière avec laquelle on éprouve de l’appréhension à cause de taṇhā peut être comparée avec la façon dont les personnes deviennent inquiètes quand elles n’ont pas ce qu’elles aiment et désirent. Ceux dont l’esprit est serein, stable et imperturbable, sans peur ni agitation, sont les nobles Arahants, qui sont complètement libérés de taṇhā.
[11]
Les Arahants, dont cette vie est la dernière ; ils sont nés et non plus à renaître dans le futur.
[12]
Les puthujjanā, les êtres ordinaires, ainsi que ceux qui sont encore sous entraînement, les Sotāpannā, Sakadāgāmī et Anāgāmī encore amenés à renaître dans une nouvelle existence.
[13]
Le Vénérable Mahasi Sayadaw traduit « Uddha adho ca tiriyañ ca » par les 10 directions. Dans l’introduction du Commentaire de ce sutta, le terme uddha (en haut) se réfère aux plans supérieures d’existence sans matière, arūpabhava ; le terme adho aux plans inférieurs d’existence sensuelle, kāmabhava ; et le mot tiriya aux royaumes intermédiaires  avec matière subtile, rūpabhava.
[14]
Le méditant qui a réalisé les états d’absorption par la méditation sur mettā.
[15]
Les vues erronées se réfèrent à attadiṭṭhi, croyances selon lesquelles existe un égo, un soi ou une entité intrinsèque.


 

 

 

 

 

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